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Mise en ligne : avril 2007
dernière mise à jour : 30 novembre 2011
La Marque nation
Une nation se caractérise par l'histoire, la langue, la culture, l'économie communes d’un peuple ainsi que par les frontières de son territoire.
La Marque France
En évoquant la Marque France, nous vient à l'esprit son territoire avec ses frontières (naturelles), son droit du sol, le rôle de son Etat dans la vie économique, sa langue, la laïcité, les principes universalistes, son attachement au terroir/territoire de proximité, son "découpage" administratif en départements sans oublier sa cuisine et ses produits de luxe... le tout, incarné par un buste de femme "Marianne" avec pour devise "liberté, égalité, fraternité" au son d'un hymne national patriotique.
La nation française repose sur une continuité dynastique, territoriale, historique. Elle a connu plusieurs identités nationales : l’identité royale féodale, l’identité monarchique, l’identité révolutionnaire, l’identité républicaine et pour finir l’identité démocratique.
Ses règles reposent sur
la Constitution
, légitimée par la souveraineté populaire. Ses représentants votent des lois qui s’appliquent et soumettent des citoyens à des droits et des devoirs dans un territoire délimité par des frontières, tandis que son influence intellectuelle, économique et morale s’étend à l’étranger.
La France
est perçue comme une nation où l’Etat est fortement présent et centralisateur. Les pouvoirs sont séparés entre l’église et l’État.
Quelles caractéristiques la « Marque nation » partage-t-elle avec les Marques commerciales et religieuses ?
Elle recherche la visibilité, elle délimite un territoire et atteste d’une possession
Elle protège les hommes contre les doutes, en fondant un univers familier et intime
– Elle constitue un repère spatial et temporel. Elle fournit un appui pour vivre le quotidien à des citoyens qui sont susceptibles de partager les mêmes valeurs et resserre ainsi le lien social.
– Elle fédère les énergies humaines et accompagne les changements que la communauté génère
Elle intègre ce qu’elle rencontre (acculturation)
Elle favorise le développement économique, social et culturel
Elle laisse une empreinte dans les esprits et parfois sur les corps
– Elle possède comme toutes les autres Marques son représentant en la qualité du Chef de l’Etat pour
la France
ainsi qu’un personnel qualifié pour la diriger
Elle est structurée hiérarchiquement
Elle exerce ses fonctions dans une architecture construite à son intention
Elle s’organise autour de lois, qui définissent les droits et les devoirs des citoyens
Elle est animée par un désir d’expansion qui par le passé s’est traduit par le colonialisme et dont actuellement l’une des formes est le patriotisme économique
– Elle s'est construite une identité visuelle sous la forme d'un logotype et d'une devise au son d'un hymne national qui ranime le sentiment patriotique
– Elle édite des signes identitaires : drapeau, vêtements...
Elle détient des médias : presse, radio, télévision, sites Internet
etc.
Quelle est la nature d’une « Marque nation » et quelles sont les caractéristiques qui la différencient des Marques commerciales ou religieuses ?
– Sa nature est politique, démocratique, autocratique, dictatoriale ou relève du despotisme éclairé
– Elle possède son propre patrimoine historique, architectural, culturel (ses artistes...)
Elle concerne les citoyens et construit avec et pour eux les règles de vie en société
– Elle s’appuie pour construire son projet citoyen sur les symboles, les Idées et les principes que la « Marque nation » défend
Ses citoyens élisent au suffrage leurs représentants
Son objectif est l’intérêt bien compris entre les individus…
Quels facteurs fragilisent la « Marque nation » ?
– L’idéologie des droits de l’homme qui se réclame de la civilisation et non pas de la nation. En acceptant les principes universels des droits de l’homme, les peuples acceptent par voie de conséquences que les particularités de leurs nations s’amenuisent aux risques de ne plus reconnaître leurs places dans le concert des nations. L'Europe pourra-t-elle servir de substitut à leurs nations ?
– La monnaie unique européenne pour les pays de l’Union européenne qui ont adopté cette monnaie d’échange
L’insertion dans un espace européen qui effrite quelques-unes des prérogatives des États nations
La décentralisation
L’effacement des frontières
La mondialisation ou globalisation
L’affaiblissement des formes d’autorité (famille, églises, partis…)
La perte des coutumes et des traditions
– La paix - La suppression du service militaire en France.
Les Français ne veulent plus mourir pour leur nation, mais ils y sont attachés affectivement et sont nostalgiques d’une représentation fantasmée d’une époque révolue.
– Le syncrétisme
– Les communautés, le multiculturalisme : les individus tendent à se définir en premier lieu comme appartenant à des communautés sans qu’ils éprouvent la nécessité que celle-ci soit subsumée dans une superstructure qui serait la nation ou qu’ils la revendiquent en tant qu’appartenance. Ainsi, l’idée de vivre ensemble au sein d’une nation se dissout et fédère moins les énergies.
Quels facteurs renforcent la « Marque nation » ?
Ses racines, elle est dotée d’un riche passé
Son assise
– Son identification à un modèle, pour les Français : universaliste, providentialiste (protection sociale, santé, sécurité, éducation, justice comme droit aux citoyens)
– Son patrimoine (dans le mot patrimoine, il y a le mot patrie), architectural, ses écrivains, ses héros (1)...
– Sa langue avec sa capacité d’intégration
– L'enseignement de son histoire nationale et de sa géographie
– Des frontières stables
– Ses institutions avec son armée
– Le terroir, bien que l’on ne sache plus s’il est local, régional, national, européen ou mondial
– La peur de la mondialisation qui provoque un repli derrière les frontières. Les citoyens se sentent menacés, les populations demandent à leur Etat nation plus de protection économique et sociale
– Les supports identitaires : carte d'identité, passeport, timbres, médailles, drapeau, vêtements...
Les médias nationaux
– Les rencontres sportives internationales
– Les liens entre l'Etat et les établissements financiers dans un espace d'échanges économiques mondialisé
– Etc.
La « Marque nation » est-elle forte d’un futur ou n’est-elle qu’une forme transitoire ?
L'homme est un acteur social qui joue sa partie dans une société dont il est prêt à défendre le modèle jusqu'au sacrifice de sa vie pour la patrie (1) immortelle.
La "Marque nation" s'inscrit dans un temps long contrairement aux consommateurs qui sont mortels. Cette constatation l'invite à définir un projet porteur de valeurs à laquelle une communauté la plus large pourrait adhérer. Ces valeurs changent au fil des siècles et modifient le modèle de la « Marque nation ».
Les nations aux racines anciennes, dotées d’un riche passé possèdent des assises stables, mais ne sont pas perçues comme «créatives de possibles». Le temps immobile qui les habite réconforte leurs populations en leurs donnant l’impression d'éternité, pourtant l’ébranlement de l’identité nationale, les conséquences économiques et sociales de la mondialisation frappent à leurs portes.
La nation, la raison et la civilisation marchaient du même pas avec le mouvement des Lumières du XVIIIe siècle, mais le colonialisme, l’État des nazis, le stalinisme et d’autres épisodes tragiques ont portés préjudice aux valeurs des nations qui sont perçues comme des nationalismes antagonistes à l’idéologie des droits de l’homme. Pour conséquences :
– L'attachement des citoyens devient interrogatif. "L'idéal est devenu un vague attachement. Il concerne des bribes de sens en compétition avec d'autres... (Chantal Delsol)".
– Le sentiment national a changé de cadre et de forme d’expression avec l’Europe, la décentralisation, l’effacement des frontières, Internet... L
a France
paysanne et les traditions disparaissent, les modes de vie se modifient.
Aussi est-il légitime de se demander si la nation est la forme la mieux adaptée aux enjeux sociaux économiques que la mondialisation a fait surgir et si les nations ne sont pas des formations sociales, économiques, historiques, culturelles devenues obsolètes. Si c'est le cas, doit-on les remplacer par de nouvelles constructions ? La « Marque nation » va-t-elle se restructurer, se recomposer ? Sous quelle forme et dans quel cadre ce projet se développera-t-il ? Le projet s’il doit être collectif sera-t-il encore national ? La souveraineté de la Marque nation conservera-t-elle dès lors tous ses pouvoirs ?
(1) "L'héroïsme s'invente des causes et dissimule l'orgueil et la vanité sous le sacrifice. Les 'causes' sont les paravents de la vanité" Chantal Delsol : L'âge du renoncement, éditions Cerf
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